De l’abandon à l’adoption : une adaptation parfois difficile
De l'abandon à l'adoption, le chemin est parfois douloureux. Lorsqu’on pense à l’adoption, on l’associe souvent au parcours du combattant. L’adoption est alors fantasmée en quelque sorte comme la « tempête avant le calme » ! Sous l’allure d’un cheminement administratif difficile et pour certains interminable, ce mode de pensée n’inclut que trop rarement les difficultés d’adaptation de ces enfants dans leur nouvelle famille. N’oublions pas que tous les enfants adoptés sont des enfants qui ont souffert et portent les cicatrices d’une ou de plusieurs ruptures. Après cette adoption de cœur, il est parfois nécessaire de gérer cette détresse trop souvent sibylline aux yeux des parents. (12/01/2012)
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Tendresse et détresse…
Quelque soit l'adoption : en France ou à l'étranger, il y a une vie avant l’adoption. Souvent, qu’ils soient nourrissons ou plus âgés, les enfants adoptés portent une fêlure profonde, un lourd bagage, celui de l’abandon. Les parents qui adoptent, quant à eux, possèdent aussi leur propre parcours fastidieux, semé de difficultés et d’attente. Le tout est de jongler avec les difficultés des uns et des autres. D’être à l’écoute du nouveau venu et surtout faire preuve de compréhension et s’armer de patience.
Avant, les acteurs sociaux conseillaient de considérer les adoptés comme des enfants biologiques nés dans les familles d’accueil. Le passé de l’enfant se voyait alors balayé. Cette période édulcorée où l’on niait l’adoption laisse place aujourd’hui à la reconnaissance. Mais faire le parallèle entre adoption et abandon ne veut pas dire qu’adoption rime systématiquement avec difficultés ! Pour certaines familles, l’adaptation se passe dans le meilleur des mondes. Dans d’autres cas, l’enfant vit un désarroi plus profond. Le chemin de la délivrance affective est donc plus long.
Troublant attachement !
Certains enfants adoptés souffrent de problèmes de socialisation. Et l’amour dans tout ça ? Ne guérit-il pas tous les maux ? L’amour, si facile à donner pour les parents adoptifs, peut parfois être si difficile à recevoir pour ces enfants meurtris par l’abandon, et pour certains d’entre eux, meurtris par des sévices corporels et psychologiques. Ces adoptés, même s’ils l’ont été dès le plus jeune âge, possèdent une histoire, leur histoire. Un nouveau-né n’est pas arrivé comme par enchantement ! Il est le fruit d’un cheminement, d’un échange long de neuf mois. Les adoptés se sentent souvent reliés par leur mère de naissance par un lien mystérieux, impénétrable et impérissable. Qu’ils soient sujets à une adoption plénière (l’enfant perd tout lien avec sa famille d'origine) ou une adoption simple (les liens avec la famille d'origine ne sont pas rompus) n’y changera rien. Ce lien est éternel et résonne dans les tréfonds de leur être.
Les parents « nourriciers » ne sont en aucun cas un palliatif de cette souffrance d’abandon, mais ils peuvent accompagner ces enfants sur le chemin de la guérison. L’adoption n’est pas une panacée ! Conscients ou inconscients d’être blessés au plus profond de leur être, ils ont besoin de compréhension et de temps. Ces situations peuvent être assez difficiles à vivre pour ces familles, pour qui, l’adoption est souvent la solution ultime. Mais adopter, c’est aussi accoucher mentalement. Passer d’une image qu’on se faisait de ce petit enfant (dont la relation est parfois idéalisée) à la réalité est parfois si compliquée. Gommer leur passé n’est pas la solution. Un secret de famille pèserait bien lourd dans l’équilibre affectif de ces enfants. Ils ont le droit de connaître leurs origines, leur culture, leur parcours… Le tout est de savoir quand et comment leur dire. Il est donc nécessaire de poser les mots sur une souffrance et d’adapter son langage et ses propos à l’âge de l’enfant.
Parent d’adoption, un travail à plein temps
Etre parent d’un enfant biologique est diamétralement différent d’être parent d’un enfant adopté. Pour l’enfant adopté, les souvenirs sensoriels, comme l’odeur de peau de sa mère de naissance, sont complètement perturbés, voire anéantis. Les bébés abandonnés sont en quelque sorte endeuillés et certains mettent en place un processus d’autodéfense qui peut prendre diverses formes dans le temps : anxiété, dépressions, troubles oppositionnels, troubles digestifs aigus… Ils peuvent se mettre en retrait de peur qu’un nouvel échec ne brise leur vie. Ne le prenez pas à titre personnel ! Un long processus psychologique est souvent nécessaire pour accepter cette nouvelle famille.
Ces enfants, en tension constante entre le rejet d’intimité et le besoin d’être désirés et aimés, doivent se sentir en confiance. Pour faciliter le processus d’attachement, il est nécessaire d’instaurer une nouvelle bulle affective. Pour les nouveau-nés, le « peau contre peau » et les massages peuvent recréer ce lien. Si ces enfants sentent le besoin de connaître leur passé, rien ne vous empêche de retourner dans le pays d’origine, une sorte de voyage initiatique, ou encore de renouer des liens avec les parents biologiques si c’est possible et s’ils le permettent. La sincérité, la confiance et la vérité doivent conduire votre relation. Ces valeurs sont les garde-fous du bien-être de votre enfant. Ainsi, parler de l’adoption dès son plus jeune âge est inévitable et permet de reconstruire son identité. N’oubliez pas que l’enfant peut aimer deux mamans au même titre qu’une maman peut aimer deux enfants.
L’adoption a parfois bon dos !
Effectivement, l’adoption a bon dos lorsqu’on aborde les problèmes familiaux. Le déracinement n’est pas systématiquement une mauvaise chose. Même si intrinsèquement l’enfant peut vivre l’abandon comme un rejet, on peut tout de même porter un regard plus positif sur l’adoption, un regard différent sur son passé. Dans certains pays, la démission des mères de naissance est de l’ordre de la survie. Malnutrition et infanticides, un tableau qui revêt des couleurs plutôt sombres. L’adoption est alors le seul moyen de sortir ces enfants de cet engrenage. De plus, si les origines de l’enfant ne peuvent être délivrées pour X raisons (accouchement sous X), l’essentiel est que ses racines actuelles, celles que vous allez construire, soient d’une solidité à toutes épreuves.
N’étant confrontés qu’à des enfants en détresse, la vision de certains pédopsychiatres sur leur mal être est parfois surannée. Même si certains soucis liés à l’adoption sont réels, il ne faut pas les vivre avec fatalisme. Quel jeune n’est pas passé par une crise d’adolescence aigüe ? Lorsque les parents pensent « blanc », les ados ne vont pas s’amuser à penser « gris » mais plutôt « noir » c’est bien connu ! Ils possèdent un don, celui de mettre le doigt là où ça fait mal. Par provocation, le prétexte de l’adoption peut alors être utilisé pour blesser les parents adoptifs. Les enfants biologiques possèdent eux aussi leur part de problèmes au même titre que les enfants adoptés. Mais le fait qu’ils soient adoptés, amènent les parents à se focaliser sur le passé. Si l’enfant éprouve des problèmes, ils ne sont pas obligatoirement le fruit de l’adoption. Attention aux amalgames ! Tout ne doit pas être attribué à l’adoption.
Adopter, c’est aussi savoir se préparer à toutes les éventualités. Ces enfants possèdent une souffrance qui a été longtemps reléguée au rang de la méconnaissance pour ne pas dire de l’inexistence. Certains de ces enfants souffrent du trouble de l’attachement et ne peuvent s’empêcher d’aller à l’encontre d’une vie idyllique. Pour certains de ces enfants adoptés qui se demandent s’ils vont encore être abandonnés, la confiance est le ciment de la relation. Pour vous aider à construire cet édifice familial, sachez que de nombreux professionnels (pédopsychiatres, psychologues et associations) sont à votre disposition pour vous épauler sur le chemin de l’adoption.
Sources :
Naître là-bas, grandir ici – L’adoption internationale – (éditions Belin), Jean-Vital de Monléon
L’enfant adopté, comprendre la blessure primitive (éditions de boeck), Nancy Newton Verrier
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