Déni de grossesse : haltes aux idées reçues !
Le déni de grossesse, on en a vaguement entendu parler, dans la rubrique « Fait divers » ou « people », avec la grossesse surprise de la chanteuse Sheryfa Luna… Mais que sait-on vraiment sur le sujet, hormis ces anecdotes ? Le point sur la question, pour dissiper les « on dit que… » (21/06/2010)
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Déni de grossesse
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Grossesse nerveuse
« Le déni de grossesse ? Impossible ! Quand on est enceinte, ça se voit, il y a des signes ! »
Un déni de grossesse peut être « partiel » (la femme l’apprend au cours de la grossesse) ou « total » (la femme découvre qu’elle était enceinte en accouchant).
Incroyable mais pourtant vrai, le corps peut ne pas se modifier au cours d’une grossesse. Certaines femmes rentrent encore dans du 36 le jour de l’accouchement !
Le ventre ne grossit pas, car le bébé se développe haut dans l’utérus, en longueur, et non en position fœtale. À l’inverse, si la femme découvre sa grossesse, le ventre grossit brusquement, en une journée ! Parfois même, les règles continuent : saignements légers mal interprétés, règles irrégulières ou provoquées par la pilule.
Même si certaines femmes ont des symptômes, elles trouvent – inconsciemment - une autre explication : Une prise de poids ? La faute aux excès alimentaires ! Les mouvements du bébé ? Sûrement des gaz ! Le ventre douloureux ? Ce sont des coliques… ou une gastro-entérite, une péritonite, un kyste sur l’ovaire, autant de « raisons » qui peuvent pousser la femme à consulter un médecin qui détectera la grossesse… ou pas !
Eh oui, le rendez-vous chez le médecin qui n’a rien remarqué d’anormal, c’est un grand classique du déni de grossesse…
« Ça n’arrive qu’aux adolescentes ou dans les milieux défavorisés, non ? »
La moitié des femmes qui font un déni de grossesse sont déjà Maman ! Moyenne d’âge ? 26 ans. C’est ce qui ressort d’une étude menée sur 56 cas dans le Nord de la France. On est loin de l’imaginaire des « oies blanches » ignorantes ; même les Mamans « pro » peuvent se faire surprendre !
Et cela n’a rien à voir non plus avec le niveau d’étude : Gaëlle Guernalec-Levy, auteur d’une enquête sur le sujet1, rapportent des cas de déni chez des femmes avocates, psychiatres… et même médecins !
Enfin, le déni de grossesse est plus fréquent qu’on ne croit : 2 grossesses pour 1000, soit environ 1600 femmes par an en France, dont 300 cas de déni total. Pour donner un ordre d’idée, la trisomie 21 concerne « seulement » 1,42 grossesse pour 1000.
« Les femmes qui font un déni de grossesse sont des monstres, capables de tuer leur bébé de sang-froid… »
Attention de ne pas généraliser : chaque déni de grossesse est une histoire singulière, avertissent les psychiatres. Et chaque mère réagit différemment, avec incrédulité, colère, culpabilité, indifférence ou bonheur… Dans la plupart des cas – malgré cette grossesse atypique – la Maman noue une relation harmonieuse avec son bébé.
Parfois, malheureusement, le bébé ne survit pas. Cela survient dans les cas de déni total, et si la Maman est seule au moment de l’accouchement : comme si alors, la mère se trouvait face à un événement irréel, impossible à appréhender. Déboussolée, sous le choc, elle ne prodigue pas les premiers soins, ou pense qu’il s’agit d’une fausse-couche, d’un bébé mort né. « Si j’avais été seule, je pense que mon bébé ne serait plus parmi nous. Et moi en prison » raconte Bénédicte, dont le compagnon a sorti le bébé des toilettes. Un témoignage à retrouver sur le site de l’AFRDG, une association qui milite pour la reconnaissance du déni de grossesse : informer et prévenir, pour éviter le pire…
Pour aller plus loin :
1 « Je ne suis pas enceinte, enquête sur le déni de grossesse », Gaëlle Guernalec-Levy, Editions Stock.
Crédits photos : [Veer Inc]