Interview de Dominique Molinier, sage femme spécialisée en sophrologie
Formée en Sophrologie obstétricale, Dominique Molinier exerce le métier de sage-femme depuis 30 ans sur Lille. Aujourd’hui libérale, elle s’est orientée dans la préparation à l’accouchement notamment en Sophrologie. Elle nous confie sa vision sur cette pratique. (28/05/2008)
Comment se déroule un cours de Sophrologie prénatale?
Chaque femme vivant la grossesse et la préparation par la Sophrologie à sa manière, les séances proposées sont personnalisées. Les cours, donnés à des groupes de 6 mamans au maximum, se découpent en plusieurs temps. 2h30, pendant lesquelles sont conjuguées théorie et pratique. Le début du cours est un moment particulier, dédié au bilan. Un quart d’heure est alors nécessaire pour se présenter ou pour revoir les exercices pratiques notamment sur la respiration. La partie théorique, elle, est un moment informatif durant lequel sont abordées l’anatomie, la physiologie et la pathologie de la grossesse et de l’accouchement. En faisant preuve de tact et de diplomatie, l’objectif est de préparer les futures mamans à tout ce qui peut arriver pour qu’elles soient prêtes le jour « j ».
Pour bien vivre un accouchement et en garder un souvenir impérissable, il est indispensable de mettre tous les atouts de leurs côtés. C’est pour cette raison que les séances ne laissent place à aucun tabou. Un accouchement bien vécu est également le gage d’une bonne relation avec l’enfant. Ensuite, arrive le temps des exercices de Sophrologie qui durent en moyenne 1 heure, durant laquelle se mélangent la pratique et la verbalisation du ressenti. C’est un épisode basé sur l’échange. Le corps est alors visité de l’intérieur. A travers une série d’exercices, sont passées en revue la respiration abdominale et thoracique, la conscience de la colonne vertébrale, une partie très sollicitée par le bébé durant l’accouchement. Les exercices sont basés sur les sensations des futures mamans et les aident à mieux appréhender leur corps. Puis, le lien de l’utérus aux autres organes est abordé afin de mieux comprendre les petits tracas de la grossesse, pour enfin leur proposer une « rencontre » avec le bébé.
Vers la fin du cursus de cours, les futures mamans sont plongées dans une sorte de rêve éveillé sur les différents moments de la grossesse, de l’accouchement normal puis des différentes aides à l’accouchement et enfin la césarienne, la première mise au sein, la péridurale… L’objectif est de leur faire vivre ces moments afin de dédramatiser une situation qui pourrait être stressante. Cette angoisse trouve souvent son origine dans la peur de l’inconnu ou dans une première expérience mal vécue. Il n’existe pas d’exercice réussi ou raté, chacune vivant et ressentant les séances singulièrement.
Certaines femmes sont-elles plus réceptives ?
Les femmes qui ont déjà une première expérience en relaxation ou qui sont orientées vers les médecines douces ou les médecines dites d’accompagnement comme l’homéopathie ou l’acupuncture, ont un autre accès à leur corps. Elles sont donc plus sensibles à ce type de préparation. Mais la Sophrologie prénatale est accessible à toutes et à tous.
Quel est l’objectif principal de la Sophrologie ?
La Sophrologie est un éveil à soi-même, donc une conscience de soi physique et mentale. On travaille sur le physique car l’accouchement est un acte particulièrement physique et bien sûr, on introduit un peu de mental. Attention, il ne s’agit pas pour autant de psychothérapie.
Comment se pratique la Sophrologie ?
Normalement la Sophrologie se pratique debout ou assis en position « isocay », c'est-à-dire en équilibre sur le bord d’une chaise. Les femmes enceintes n’ayant pas la même stabilité, la Sophrologie prénatale se déroule donc le plus souvent en position allongée. Elle apporte une partie de relaxation et une partie d’écoute de son corps et de son esprit pour laquelle il est préférable d’être au calme et de ne pas bouger. Il faut faire abstraction de l’extérieur. Ce côté relaxant, les mamans l’utilisent pendant l’accouchement pour permettre à l’utérus de bien se détendre et de travailler avec le plus d’efficacité possible.
En quoi la Sophrologie se différencie-t-elle d’une autre préparation à l’accouchement ?
Cette méthode allie parfaitement le physique et le mental, la théorie et la pratique. Là où certaines méthodes sont juste axées sur l’information ou sur l’échange ou la pratique, la Sophrologie présente un panorama complet.
A quoi sert la Sophrologie pendant l’accouchement ?
Pendant l’accouchement, le bébé ne bouge plus vraiment, il s’oriente doucement mais il donne très peu de coups. Il n’y a donc plus cette communication par les mouvements actifs de l’enfant. La douleur peut alors prendre le dessus. Cette douleur peut fermer les portes aux sensations de la progression de l’enfant dans le bassin. La Sophrologie permet de maîtriser cette situation. Elle offre une sensation affective et émotionnelle incomparable. La douleur mise à l’écart, les futures mamans sont alors avec leur petit, dans leur respiration et dans leur corps. Elles ont conscience de leur enfant et de leur corps qui en train de mettre au monde. Durant les séances, les futures mamans ont acquis une méthode de relaxation utile qui leur permet de se relâcher très rapidement, en 3-4 minutes environ. Elles sont alors complètement centrées sur leur bébé et sur son trajet avec toutes les sensations que cela entraine.
A partir de quand la future maman peut-elle commencer les cours de Sophrologie ?
Personnellement, je les propose entre 7 et 8 mois. Des raisons de praticité, d’implication et d’intérêt sont en lien avec cette décision. Trop tôt, tout ce qui est lié à l’accouchement (par exemple les efforts de poussées), n’intéressent pas les femmes avant un certain terme. Elles se sentent trop loin du jour « j » pour porter de l’attention à ces moments, souvent perçus comme difficiles. Sur ces 7 séances remboursées par la Sécurité Sociale, l’idéal serait de les étaler sur 2 périodes. Quelques cours au début et d’autres à la fin de la grossesse. Hélas, cette solution est difficilement envisageable pour une question de praticité.
La sophrologie se pratique-t-elle toujours en groupe ?
Non, les séances de Sophrologie en solo se pratiquent également. Mais le groupe reste très intéressant. Les futures mamans se sentent moins isolées, elles voient que les autres femmes sont dans la même situation, qu’elles ont les mêmes questionnements et pour certaines le même vécu. Le groupe présente une grande richesse, c’est un vivier de réflexions, de soutien, d’échanges, en un seul mot d’empathie. La grossesse peut être jalonnée de coups de cafard ! Alors le groupe entre en action et offre un grand soutien : la future maman se laisse porter. Le groupe fonctionne en partie tout seul. Les angoisses sont alors levées par les échanges.
Dans quelle situation peut-on conseiller la Sophrologie prénatale ?
La Sophrologie peut être préconisée pour les antécédents douloureux, lorsque la maman a mal vécu la période de la grossesse ou de l’accouchement. La Sophrologie prénatale est également une réponse intéressante aux femmes qui ont envie d’être actives. En effet, certaines ont envie de ressentir les choses même si elles ne savent pas encore si elles accoucheront avec ou sans péridurale.
Quelle est la place du père dans la Sophrologie prénatale ?
On peut distinguer 2 types de formation en Sophrologie prénatale, l’une est axée sur le couple tandis que l’autre sépare la paternité de la maternité. La paternité et la maternité ne se vivant pas de la même manière, nous avons optez pour des cours séparés. Parler de l’utérus ou du périnée ne présente pas un intérêt majeur pour les papas ! Parmi les thèmes abordés, on compte ceux qui tournent autour de la grossesse, de la sexualité pendant la grossesse, de l’accouchement et de l’après jour « j ». Ils doivent trouver des réponses à leurs questions qui, en couple, n’auraient peut-être pas été posé. Comment vivent-ils la grossesse ? Quelle est leur place le jour de l’accouchement ? Veulent-ils y participer et si non, pourquoi ? Les séances les aident à accompagner la douleur de leur femme, à connaître les instruments, bref le concret. La question de l’allaitement vu du côté papa est également abordée comme la reprise de la sexualité. L’idéal serait de pouvoir faire un ou deux exercices en couple.
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