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haptonomie

L'haptonomie par Catherine Dolto - Interview

Après avoir étudié le théâtre et la sociologie, Catherine Dolto devient médecin. La rencontre avec Frans Veldman dans les années 80, le fondateur de l’haptonomie, marque un tournant dans sa vie. Depuis, leurs destins « haptonomiques » se confondent et le Dr. Catherine Dolto accompagne avec passion, humour et tendresse les parents durant leur grossesse mais également des personnes de tous les âges. Elle nous ouvre les yeux sur cette « science de l’affectivité ». (25/06/2010)

Tags associés : Préparation accouchement - Préparation naissance - Haptonomie




En quoi consiste le travail d’un haptopsychothérapeute ?

Le travail d’un haptopsychothérapeute consiste à pratiquer l’haptonomie dans sa dimension psychothérapeutique. L’haptonomie est une science humaine, très inspirée par la phénoménologie, qui se définit comme la science de l’affectivité et qui permet d’aborder les humains dans leur globalité sans séparer le corps et l’esprit. Il existe donc une dimension thérapeutique dans laquelle il y a un contact tactile avec les patients mais ce n’est pas une thérapie corporelle, c’est bel et bien une thérapie de la personne dans sa globalité. L’haptonomie permet d’aider les humains à tous les âges de leur vie y compris dans l’accompagnement haptonomique de la grossesse normale ou pathologique.

 

Comment pouvez-vous définir l’haptonomie pré et postnatale ?

L’application de l’haptonomie à la parentalité se définit comme un accompagnement des parents. Celui-ci peut commencer à la conception et se terminer quand l’enfant est debout et marche. La connaissance de ce qui se passe dans les tissus, dans les muscles, dans les affects et dans les pensées et savoir comment tout ça se transmet à l’enfant, permet aux parents de rentrer dans un dialogue avec l’enfant. Ce dialogue va leur permettre de découvrir que l’enfant guette. Dès sa vie prénatale, il est « proposant » dans cette relation.

 

 

De quelle manière l’haptonomie prévient-elle certains troubles après la naissance ?

L’haptonomie apporte une manière particulière d’aborder le bébé. Elle implique une certaine façon de le porter, de s’approcher de lui qui a pour but de lui donner le plus d’autonomie possible, donc plus de sécurité. L’enfant est invité à se tenir, à se lever, à tenir sa tête. Les parents apprennent alors à observer et à être dans un certain type de relation avec l’enfant qui leur permet de comprendre sa manière d’être et sa manière de percevoir les adultes qui l’entourent. On travaille sur le rapport des parents à l’enfant qui parfois, peut être perçu par le bébé comme très insécurisant. L’haptonomie prévient donc des troubles relationnels et permet également aux parents de mieux comprendre leur enfant dans sa manière d’être qui est toujours singulière. C’est leur apprendre aussi à mieux s’adapter à leur enfant, à le considérer tel qu’il est et à se sentir plus en sécurité. Effectivement, beaucoup de parents sont insécurisés quand ils attendent un enfant. Le bébé le sent dans leur tonus musculaire et il réagit. Les mots échangés avec le bébé ont beau être gentils, si les parents sont insécurisés, l’enfant qui perçoit l’état de ses parents est alors immergé à son tour dans une insécurité.

 

La façon dont les relations se tissent entre les nouveau-nés et les parents est très subtile et on peut tomber très vite, même en restant dans la vie prénatale, dans des malentendus. Si les parents et l’enfant ne se comprennent pas mutuellement, le fœtus ne se sentira pas en sécurité affective et ne pourra pas déployer toutes ses possibilités. Quant aux parents, ils ne découvriront pas quels parents ils peuvent être à cause de leur insécurité et de celle qu’ils génèrent chez leur enfant. Insécurisé, leur bébé leur répond alors d’une manière qui les insécurise à leur tour, c’est un cercle vicieux.

 

 

Quelle est la place du père durant les séances d’haptonomie ?

Elle est essentielle. Le père est celui qui permet à l’enfant de découvrir qu’il n’est pas dans une relation exclusive avec sa mère et que les autres existent. Il découvre alors qu’ils sont tous les deux, mère et enfant, dans un monde où il y a d’autres personnes. Dès la grossesse, l’enfant s’aperçoit qu’il peut de lui-même répondre. Il peut être l’initiateur d’une rencontre malgré sa mère. Il choisit déjà, propose. Il n’y a donc pas de fusion entre lui et elle, il y a ce que nous appelons une « convivance ».

 

Le père apporte aussi énormément à travers la mère. Quand un père s’approche de sa compagne et qu’elle en est heureuse, l’enfant le perçoit tout de suite à travers le tonus musculaire de sa mère. La venue du papa change même le goût du liquide amniotique par le biais des hormones. Le père s’approche, la maman change et l’enfant le sent. Dans un contact direct avec l’enfant, le père est aussi celui qui apporte une sécurité au bébé. Quand la mère a eu une journée éprouvante, il lui est difficile de sécuriser son enfant car elle a toutes ces épreuves en elle. Quand le père s’approche pour poser sa voix et sa main sur le ventre de sa compagne, l’enfant est tout de suite rassuré. Cette sécurité du bébé découle également de celle de la mère due à la présence du père. Tout ce qui est bon pour elle est bon pour l’enfant.

 

 

Pour les mamans seules, comment ça se passe ?

Pour les mères qui sont vraiment seules, un tiers, qui peut d’ailleurs être une femme, doit les accompagner de façon à éviter la relation à deux. Mais si le père ne veut pas, il ne faut surtout pas chercher un tiers et commencer un accompagnement par l’haptonomie sans lui. S’il est présent dans la vie de la mère et qu’il n’en a pas envie, il faut absolument le respecter, c’est très important. Il a sans doute ses propres raisons. L’haptonomie n’est pas une nouvelle idéologie de l’affectivité !

 

 

L’haptonomie peut-elle éviter les couvades ?

En haptonomie, on n’en voit pas beaucoup ! Justement parce qu’à travers l’haptonomie, les pères ont une véritable place qui n’est pas une fausse place de mère. Ils sentent qu’ils apportent vraiment quelque chose à leur compagne et à leur enfant et donc ils ne somatisent pas.

 

 

L’haptonomie peut-elle éviter les fausses couches ?

L’haptonomie peut aider dans ce domaine mais elle ne peut pas éviter toutes les fausses couches car certaines sont inévitables.

 

 

Ancienne élève d’Antoine Vitez, que vous a-t-il apporté dans votre métier ?

Antoine Vitez (1930-1990), poète, metteur en scène, comédien, directeur de théâtre, il était un nom reconnu par la scène classique et contemporaine. « Il y a dans son parcours, dans son œuvre, un appel à regarder loin, au-delà de la ligne d’horizon, venant d’un homme qui nous dit qu’il n’y a qu’une nostalgie qui vaille : celle de l’Avenir ».

 

Pour un thérapeute, il est nécessaire de connaître beaucoup d’aspects de la vie. Ce que j’ai appris et vécu avec Antoine Vitez c’est un travail sur la façon de comprendre ce qui se joue dans une relation au-delà des apparences. C’est se sensibiliser au monde qui nous entoure et se sensibiliser à ce qui se passe réellement entre les gens. Dans ce domaine, le souvenir du travail avec Antoine constitue un engramme profond et nourricier. Il m'a donné la possibilité de prendre avec ce que vivent les patients, une profondeur de champ qui permet tout en restant proche d'eux, de théâtraliser leur situation et de la contempler comme si elle nous était donnée à voir de l'extérieur. Cela n'a rien à voir avec du psychodrame, c'est juste une capacité de voir de loin dans le contexte qui permet ce déplacement salutaire.

 

Ainsi, on peut voir un enfant qui était écrasé depuis sa naissance ou sa toute petite enfance par une histoire tragique en devenir le héros et l'endosser avec fierté, il la porte, elle ne l'écrase plus. Quand j'accompagne un enfant avant sa naissance en guidant ses parents pour qu'ils aillent à sa rencontre je lui permets de découvrir, dans la sécurité affective, qu'il y a déjà du plaisir dans les échanges et les jeux. Il découvre le bonheur de danser entre les mains de ses parents, qui le reconnaissent comme un autre véritable, un interlocuteur valable, un proposant dont ils sont prêts à suivre les invitations et à respecter les refus. Tous les enfants bien avant d'être nés sont en quête de signes et de sens. Il s'agit pour moi d'une humanisation précoce qui donne à cet enfant un sentiment de sécurité de base grâce auquel il entrera dans la vie aérienne avec plus de force et de courage. Ce travail à l'origine et sur l'origine est une tentative d'apporter à ces futurs citoyens cet éveil particulier qu'Antoine attendait de ceux qu'il rencontrait.

 

Retrouvez également sur nos forums une discussion autour de l'haptonomie

 

Lire l'article : l'haptonomie, une préparation à l'accouchement


Crédits photos : [Veer]
   

    Les avis des Internautes


Profil supprimé le 05/06/2008 14:17:41

C'est une très bonne technique surtout quand c'est le premier. Je l'ai fait pour ma fille et c'était génial...
fifibrindacier le 30/05/2008 11:32:26

C'est une technique que je ne connaissais pas du tout, merci pour tous ces bons conseils.

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