L’éducation ? Sans façon !
On dit en Afrique qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Avec 2 parents et 4 grands-parents penchés sur son berceau, notre bébé occidental est déjà bien loti ! Encore faut-il que tout le monde se mette d’accord sur la manière d’éduquer ce petit d’homme.
Dès la maternité, parfois, les avis divergent, sur la manière de coucher bébé - sur le dos, et non pas sur le ventre ! - ou de le nourrir - à heure fixe, vous n’y pensez pas, c’est à la demande bien sûr ! Et lorsque bébé grandira, il y a de fortes chances aussi que nos parents ne soient pas d’accord avec nous sur la première tentative de pot – « si tard ! » (lire : "l'apprentissage de la propreté") et sur la première boum chez les copains – « si tôt ! ».
On peut s’énerver de ces réflexions qui empiètent sur notre domaine réservé, l’éducation de nos propres enfants. Mais reconnaissons qu’être grand-parent aujourd’hui, c’est-à-dire savoir être disponible sans s’imposer, ce n’est pas toujours évident ! Et mettons-nous à la place de nos parents : on peut comprendre leur étonnement face aux nouvelles recommandations pédiatriques, qui relèguent au rang de pratiques d’arrière-garde tous ces principes qu’ils avaient suivis à la lettre ! On peut comprendre aussi qu’ils aient parfois la désagréable impression que nous remettons en cause l’éducation qu’ils nous ont donnée. À nous de leur faire comprendre avec tact qu’en ce domaine, il n’y a pas de vérité absolue. On peut faire différent sans pour autant critiquer.
Remercier pour les conseils sans forcément les suivre, être gentiment ferme sur les principes auxquels on tient et lâcher du lest sur les détails, s’appuyer sur les avis éclairés du pédiatre ou de la maîtresse, et bien sûr ne pas régler ses comptes devant les enfants, qui ont besoin que les adultes qui les entourent soient cohérents… Voilà quelques moyens d’affirmer à nos parents que l’éducation, c’est notre rôle, mais que les grands-parents ont un rôle affectif à jouer, tout aussi important.
Le temps de l’affection
Qu’on se le dise, les grands-parents ne sont pas des parents bis… et ils ont bien de la chance ! A nous le quotidien et son lot de rendez-vous chez le dentiste, devoirs de maths et chambre en bataille. A eux les joies des jours exceptionnels, où on peut se coucher tard, sortir tous les jouets et manger des bonbons. Prendre du bon temps avec un enfant quand on n’a pas sur les épaules le devoir d’éducation… c’est plutôt un beau rôle que celui des grands-parents ! A condition bien sûr que chacun comprenne, et surtout les enfants, qu’il s’agit là de moments à part. A la maison, il y a les règles, et chez Papi et Mamie, les exceptions !
Par rapport aux parents, les grands-parents disposent d’un avantage de taille : le temps. Certes, les nouveaux seniors ne sont pas toujours prêts à sacrifier leurs activités favorites à leurs petits-enfants : « Une de mes amies prétend qu’elle ne voit pas l’intérêt d’avoir des petits-enfants, à part se ruiner en cadeaux à Noël, enchaîner les gardes et replonger dans les nuits blanches et les couches-culottes » raconte Joan Pritchett, jeune grand-mère et auteur du réjouissant livre « Grand-mère déjà ? Oui, et au top ! »
Derrière l’ironie, on perçoit la nouvelle donne des relations intergénérationnelles : désormais, les grands-parents aussi ont une vie, et les parents sont priés de ne pas abuser de leur « disponibilité » pour que tout se passe au mieux.
Cela posé, il n’en demeure pas moins que les moments partagés entre les grands-parents et leurs petits-enfants sont souvent privilégiés. Qui d’autre que Papi accepte de montrer 5 fois de suite à Junior comment on fait ses lacets ? Ou encore de passer 2 heures à lui apprendre à faire du vélo sans les petites roues ? Et Mamie, elle, ne se fâche jamais quand Lola se couvre de tâches en patouillant dans la boue ou en préparant un gâteau.
Prendre le temps de savourer les petits instants de bonheur, voilà le magnifique cadeau que les grands-parents offrent à leurs petits-enfants… Une bouffée d’oxygène appréciable par rapport à l’éternel « Dépêche-toi » des parents !
Avec les grands-parents, on a le temps de jouer, et le temps de parler aussi… Il est très rassurant pour les enfants de savoir qu’ils trouveront chez leurs grands-parents une oreille attentive à leurs petites confidences. Un amour unique fait de bienveillance et de recul… Et quand Papi et Mamie parlent à leur tour de ce qu’ils aiment ou de ce qu’ils croient, c’est l’occasion pour les petits-enfants de partager un point de vue sur le monde parfois différent de celui de leurs parents. Une manière d’expérimenter que la différence est source d’enrichissement, et que c’est à chacun, eux compris, de se faire sa propre opinion…
Indispensable transmission
Pour se construire, les enfants ont besoin de connaître leurs racines. C’est là qu’interviennent les grands-parents, ces gardiens de mémoire. Mémoire de la grande Histoire d’abord – et quelle merveille pour les petits-enfants que de découvrir que leurs grands-parents ont vécu ces événements que l’on raconte dans les livres…
Mémoire de la petite histoire familiale aussi, avec tous ces souvenirs de ce temps incroyable où leurs parents étaient des enfants : quelle joie de découvrir que cette Maman qui me gronde faisait plein de bêtises à 6 ans, et que Papa aussi avait des mauvaises notes à l’école ! L’album-photo familial que l’on feuillette ensemble est un précieux allié pour ce voyage dans le temps. Et comme le souligne Dominique Alice Rouyer dans son Dico des nouveaux grands-parents : « L’album est un monde à l’envers où (les enfants) se sentent plus raisonnables que père et mère ».
Chez Papi et Mamie, c’est aussi le lieu où toute la famille se retrouve, l’occasion pour les enfants de se créer de formidables souvenirs avec leurs cousins-cousines. Ce point d’ancrage familial que sont les grands-parents est d’autant plus important lorsque les parents sont divorcés. Comme l’analyse Dominique Alice-Rouyer, le moment du divorce peut être perçu par les enfants comme l’écroulement de « leur univers stable et cohérent d’origine ». Le rôle des grands-parents est alors de maintenir ce « pôle précieux de stabilité familiale » si rassurant pour les enfants.
Sources :
Le dico des nouveaux grands-parents (Fleurus), Dominique Alice-Rouyer – Charlotte Grossetête
Grand-mère déjà ? Oui et au top ! (Les éditions Diateino), Joan Pritchett - Laurence Cochet
Crédits photos : [Banana stock]