Les prénoms insolites : originalité ou extravagance ?
Polycarpe, Clafoutis, Cerise… certains prénoms ne sont pas toujours faciles à porter. Et pourtant, dans ce domaine, certains parents font le choix de l’originalité voire de l’extravagance. Zoom sur ces prénoms uniques ou presque. (15/02/2012)
Tags associés :
Prénom bébé
-
Prénoms insolites
-
Prénoms originaux
Sur Internet, certaines rumeurs circulent autour de l’emploi de Babord, Tribord, Gaufre, Gaufrette, Fourchette ou encore Clitorine qui auraient été acceptés ou refusés par le service de l’état civil de certaines mairies. "Ces prénoms ne figurent pas dans le dernier fichier des prénoms recensés par l'Insee à partir des données enregistrées sur les registres de l’état civil. Ce dernier contient, en effet, les prénoms attribués au moins trois fois au cours d’une même année ou cinq fois sur plusieurs années", précise Stéphanie Rapoport, auteur de L'Officiel des Prénoms 2012 (Editions First) et du site http://www.meilleursprenoms.com.
Parfois, certains prénoms choisis par les parents peuvent poser problème et nécessiter une décision de justice. "Le dernier cas en date est celui de Daemon dans le nord de la France. Ses parents ont ainsi appelé leur fils en référence au héros de la série Vampire Diaries sur TF1 dont ils étaient fan. Mais au lieu de l’épeler Damon, variante de Damien relativement courante aux Etats-Unis et actuellement portée par 150 garçons en France, ils ont inséré un « e » afin que Daemon soit prononcé de la même manière que le Damon anglophone, relate la spécialiste. L’officier de l’état civil a considéré que ce prénom, signifiant « démon » en latin, allait être préjudiciable pour l’enfant. Mais le juge des affaires familiales de Cambrais a finalement décidé d’autoriser l’usage de ce prénom qui est réellement une variante de Damien, la version avec le « e » étant inédite encore en France."
L’une des décisions de justice les plus médiatisées et donc connues concerne le prénom de Mégane. En 2000, le juge aux affaires familiales a considéré que même si elle pouvait faire l’objet de moqueries quand elle était petite, il était préférable de laisser la petite fille porter le prénom choisi par ses parents. "Quand on impose un changement de prénom à un enfant, cela peut parfois avoir des conséquences psychologiques sur lui. Dans ce cas précis, l’affaire a traîné à longueur. Et finalement, le juge a estimé que le préjudice n’était pas si important que cela du fait qu’elle était déjà assez grande pour supporter d’éventuelles moqueries", explique Stéphanie Rapoport.
Que dire de Polycarpe ? "C’est un vieux prénom mixte qui n’est plus employé aujourd'hui. Son pic d’utilisation au XXe siècle date des années 1920 avec une dizaine de naissances", note la spécialiste.
Depuis quelques années, on assiste à un retour progressif de la thématique nature. "Aujourd’hui, le prénom Vanille est porté par environ 1000 Françaises. Il est né au milieu des années 1980 et on compte une trentaine de naissances par an depuis 2000, note Stéphanie Rapoport. Airelle, Magnolia, Prune, Pomme et Cerise sont apparues à la fin des années 1970 : à part Cerise, ce sont des prénoms rares et donc peu attribués. Seule Cerise est un prénom en forte croissance, porté actuellement par environ 900 Françaises. En revanche, contrairement aux idées reçues, on n’enregistre pas de Pamplemousse ni de Banane. Mais des Framboise sont nées pour la première fois en 2000 et ce prénom est aujourd’hui porté par 8 filles. Parmi les prénoms inattendus, il y a également Bulle, porté par environ 60 Françaises en 2012. Au masculin, on peut noter Eole, apparu en 1997 et porté par 100 garçons et 70 filles."
Les people ont tendance à influencer cette tendance au naturel. Exemple : Vanessa Paradis et Johnny Depp avec leur petite Lili-Rose. "André Courège, le styliste, a appelé sa fille, Clafoutis. Ce prénom n’est pas inscrit dans le fichier de l’Insee. Il s’agit sans doute d’un prénom unique. Elle a comme 2e prénom Marie, ajoute la spécialiste. Térébentine est un prénom donné par Cécile Duflot, femme politique, à sa fille qui a été accepté par l'état civil : c’est la première fois qu’il est utilisé mais pour le moment, il ne fait pas d'émules..."
Plus bizarre et frappant encore, certains prénoms extravagants à base de lettre, attribués depuis les années 1950 à 1980, figurent dans le fichier de l’Insee. Ainsi M, N, et X sont mixtes, tandis que A et L sont uniquement masculins. A et L sont portés respectivement par 10 Français aujourd’hui, M par 20 filles et 170 garçons, N par 60 filles et 10 garçons et X par 30 filles et 70 garçons. "Le besoin de distinction pousse les parents à des choix excentriques, ces lettres prénoms en sont l’une des illustrations", conclut Stéphanie Rapoport.
Voir aussi : les prénoms donnés en 2011 et le top des prénoms 2012.