Péridurale… même pas mal ?
Jour J de la grossesse, l’accouchement fait souvent l’effet d’un grand plongeon dans l’inconnu. Surtout lorsqu’il s’agit de mettre au monde un premier bébé. Les petites anecdotes et les conseils de «celles qui sont déjà passées par là» n’arrangent rien, au contraire ! Au premier rang des préoccupations d’une femme qui pense à son accouchement, il y a bien sûr la douleur : comment la supporter, la gérer, la diminuer et ne pas la laisser «gâcher» le bonheur de vivre ce moment unique et intense qu’est la naissance de son enfant. Se pose alors la question cruciale de la péridurale…
Par : Valérie Mocydlarz
Le droit et le choix de ne pas souffrir.
L’idée qu’une femme n’a pas d’autre alternative que d’enfanter dans la douleur a fait son temps. Et on ne peut que s’en réjouir ! Avec l’apparition de la péridurale, et sa généralisation depuis une vingtaine d’années, une future maman a gagné le droit de moins souffrir, et la liberté de choisir la manière dont elle souhaite vivre son accouchement. En 2003, plus de 62% des femmes en France ont ainsi accouché «sous péridurale» selon les chiffres du ministère de la santé.
Une solution miracle ?
La péridurale est une injection, dite « locorégionale », d’un anesthésique faiblement dosé ayant pour but d’endormir la douleur. Elle agit donc uniquement sur une partie bien précise du corps. La future maman garde toutes ses sensations. Elle peut sentir son ventre se durcir, ressentir les contractions, sans pour autant avoir mal, suivre le cheminement de son bébé, rester efficace pendant le travail… et participer pleinement à son accouchement. La péridurale peut se pratiquer lors d’un accouchement par voie naturelle ou par césarienne. Pour une césarienne programmée, on a de plus en plus souvent recours à la rachianesthésie. Cette variante de la péridurale est une anesthésie locale : le produit anesthésiant, injecté en une seule fois entre 2 vertèbres, a une action rapide et permet à la maman de rester consciente.
Péridurale mode d’emploi.
Autour de la péridurale, certaines questions reviennent fréquemment. Tentons d’y répondre avec un maximum de clarté et de précision.
Toutes les femmes peuvent-elles avoir recours à la péridurale ?
Les contre-indications sont très rares et sont souvent liées à des problèmes sanguins, de coagulation par exemple. C’est pourquoi la visite préalable chez l’anesthésiste est obligatoire (que vous ayez choisi la péridurale ou pas). Celle-ci a lieu au cours du 8ème mois de grossesse. Elle comporte un bilan sanguin complet ainsi qu’un examen des antécédents médicaux pour déceler les éventuels risques. C’est aussi le moment de poser toutes les questions qui vous trottent dans la tête avant de faire votre choix.
Quand doit-on se décider ?
La péridurale se fait en cours d’accouchement. En théorie, l’anesthésiste peut donc intervenir jusqu’au tout dernier moment… ou presque ! Car lorsque le col est dilaté à 6-7, c’est trop tard ! Le moment précis de l’intervention dépend surtout de vous. La perception de la douleur étant très subjective et variable d’une personne à l’autre : c’est à vous de dire « stop » et de réclamer votre péridurale. Et même si votre choix est fait avant l’accouchement, envisagez quand même l’éventualité de ne pas pouvoir bénéficier d’une péridurale le moment venu, et ce, pour différentes raisons (urgence en cours d’accouchement, absence ou indisponibilité de l’anesthésiste…)
Comment ça se passe ?
Vous êtes assise, le dos un peu arrondi pour faciliter la pose. Une très légère anesthésie locale est préalablement pratiquée afin d’insensibiliser la région de l’injection. L’anesthésiste introduit ensuite très progressivement la fameuse grande aiguille (d’une dizaine de centimètres) entre deux vertèbres. Puis, il place un cathéter qui va diffuser le produit anesthésiant en continu. Même si cette description peut paraître impressionnante, rassurez-vous. Décontractez-vous et laissez-vous guider en toute confiance. Vous ne sentirez presque rien. De plus, vous n’êtes pas directement spectatrice de l’opération. Ce qui n’est pas le cas de papa ! Voilà pourquoi, on lui demande de s’éloigner le temps de l’injection.
Que ressent-on après l’injection ?
De légers picotements comme des fourmis dans les jambes, une impression de lourdeur. Rien de très gênant. Après quelques minutes, la douleur provoquée par les contractions s’estompe jusqu’à disparaître. Si ce n’est pas le cas : signalez-le à l’obstétricien ou à la sage-femme qui vous accouche. Il se peut alors qu’une nouvelle injection soit pratiquée.
Quels sont les effets secondaires ?
Ils sont inexistants ou presque. Parfois quelques maux de tête. Quant au mal de dos fréquemment évoqué, une récente étude a prouvé qu’il n’y avait aucun lien de cause à effet avec la péridurale. Ces douleurs dorsales étant plutôt la conséquence de la fatigue accumulée pendant la grossesse et de l’effort fourni lors de l’accouchement. Cette intervention n’a pas non plus d’influence néfaste sur le bien-être de votre bébé.
Il reste que la péridurale est un acte médical. Elle peut donc entraîner des complications plus ou moins graves. Celles-ci sont extrêmement rares. Et on peut affirmer que la très grande majorité des accouchements sous péridurale se déroule sans aucun souci.
C’est fait pour moi ?
Maintenant que vous savez à quoi vous en tenir, il vous reste à réfléchir à la façon dont vous souhaitez accoucher. Ce choix vous appartient. Il s’agit de votre accouchement, de votre expérience, de votre histoire. La péridurale va en effet agir sur votre douleur mais aussi sur votre perception de l’événement et sur vos émotions. La crainte d’avoir mal écartée, vous serez sans doute plus sereine, plus attentive à ce qui se passe en vous et autour de vous. Le travail s’en trouvera peut-être facilité, voire naturellement accéléré. Les effets concernent aussi le papa, qui se sent souvent dépassé par la douleur (et la violence avec laquelle une femme peut l’exprimer) et par son incapacité à la soulager. Le calme relatif qui suit une péridurale a toutes les chances de l’aider à se détendre lui aussi.
Il faut également savoir que cette opération, qui a connu de grands progrès ces dernières années, va encore évoluer. La péridurale auto dosée en est l’exemple. Dans ce cas, la maman garde à portée de main une poire contenant le produit analgésique, elle peut ainsi agir directement sur la dose de produit diffusé via le cathéter, selon l’intensité de la douleur. On pratique également aujourd’hui la «péridurale déambulatoire». Encore plus faiblement dosée, elle permet aux mamans de se lever (d’où son nom) pendant le travail : la position debout facilitant la «descente de bébé». Le tout sous la surveillance constante d’une sage-femme.
Bien entendu, il existe d’autres méthodes pour «apprivoiser» sa douleur. Des techniques douces comme la sophrologie ou l’haptonomie peuvent se révéler utiles. N’hésitez pas à vous renseigner auprès d’une sage-femme pendant votre préparation à l’accouchement. Mais la méthode la plus efficace reste médicale. Et c’est la péridurale. Alors, si vous souhaitez en bénéficier, il y a une précaution à prendre absolument : vous assurer que la maternité que vous avez choisie vous garantit la présence d’un anesthésiste sur place 24 h sur 24… même au cœur de la nuit, même en plein week-end !