Les Prématurés : c’est grave, Docteur ?
Si vous êtes parents de prématurés, vous allez rapidement le constater… Un expert médical en puissance sommeille chez certains de vos amis ou de vos proches ! D’ailleurs, ils vous expliqueront par le menu l’avenir de votre bébé prématuré, exemples à l’appui : « Je le sais par la collègue de ma cousine qui a eu des prématurés… ». Stop !!
Qu’on se le dise, chaque bébé, et a fortiori chaque prématuré, suit son propre développement… de plus, les réalités ne sont pas les mêmes s’il s’agit de bébés prématurés « simples » ou de grands prématurés. Alors, votre enfant aura-t-il une fragilité respiratoire, devra-t-il porter des lunettes, sera-t-il hyperactif ?? Nul ne peut le dire aujourd’hui, et certainement pas vos amis ou vos proches !!
L’équipe du service de néonatologie est la plus qualifiée pour discuter avec vous des éventuelles conséquences à moyen ou long terme. Vous serez probablement orienté vers un pédiatre spécialisé dans les prématurés, avec un suivi particulier évaluant l’évolution de votre enfant au fil des mois.
Les tout premiers mois des anciens prématurés
À la sortie de l’hôpital, quand bébé rentre chez lui, les parents de prématurés vivent une période d’intense bonheur, parfois mêlé d’une légère anxiété… et d’une grande fatigue !
Il faut savoir que les bébés prématurés ont des cycles veille/sommeil plus courts que les bébés nés à terme : du coup ils mettent beaucoup plus de temps à faire leur nuit. On peut comprendre que ces bout’choux aient un peu de mal à comprendre les notions de jour et nuit, après un long séjour en néonatalogie, avec lumière et bruit 24H sur 24 !
Compte tenu de leur faible poids de naissance, on peut aussi tabler sur des biberons nocturnes pendant un certain temps… Mais c’est pour la bonne cause, celle de la « prise de poids » !
Attention cependant d’ « éviter l’obsession de la balance ». Sylvie Louis, auteur du « Grand livre du bébé prématuré » met en garde contre cette hantise fréquente – et stressante ! - chez les parents de prématurés : elle conseille de s’en remettre au pédiatre, qui évalue une croissance globale, avec d’autres facteurs que le poids.
Et inutile de faire passer bébé plus tôt à la purée de pomme de terre, histoire de lui faire prendre du poids ! Pour l’introduction des aliments solides, il faut calculer en âge « corrigé ». Kesako l’âge corrigé ? Explication de texte avec le Dr Dageville, pédiatre néonatologue : « Pour un ancien prématuré né avec trois mois d’avance et qui a maintenant 17 mois pour l’état civil, il faut corriger cet âge et considérer ses capacités en référence avec un enfant de 14 mois. ». Et ce, jusqu’à 2 ans au moins…
Ça permet de relativiser l’inquiétude si bébé ne marche toujours pas à 16 mois… Eh oui, difficile pour les parents de prématurés de ne pas s’inquiéter en permanence pour leur bébé « si fragile ». Sylvie Louis rapporte que « plusieurs études signalent que les mères de bébés prématurés vivent un stress continuel et démontrent un manque de confiance dans leurs compétences parentales, au moins durant la première année de vie de leur enfant ». Dans certains cas, un soutien psychologique peut s’avérer nécessaire, pour prendre un peu de recul sur la situation.
L’éducation des anciens prématurés
Cette inquiétude des parents de prématurés peut avoir une conséquence sur leur manière d’éduquer leur enfant.
D’après une autre étude rapportée par Sylvie Louis dans son « Grand livre du bébé prématuré », « les mères d’enfants de trois ans nés prématurément perçoivent leur enfant comme d’avantage fragile que les mères d’enfants de trois ans nés à terme ».
Ce sentiment est parfois justifié, dans le cas d’enfants souffrant d’une dysplasie broncho-pulmonaire, une maladie respiratoire fréquente chez les prématurés et qui les rend plus vulnérables aux infections. Les modes de garde collectifs sont ainsi déconseillés à ces enfants.
Mis à part ça, inutile de surprotéger votre ex-prématuré ! Plus facile à dire qu’à faire, on comprend… À l’hôpital, les parents étaient devenus des vrais pros, focalisés sur des données médicales, capables d’interpréter des variables physiologiques complexes… Difficile ensuite de retrouver une certaine insouciance. On peut être tenté de faire vivre l’enfant dans une bulle, au lieu de le laisser sereinement faire ses propres expériences ...
Autre problème parfois rencontré par les parents d’enfants prématurés : la discipline !
On peut observer un phénomène de « compensation » ; les parents « passent » plus de choses à cet enfant, car le début de sa vie a été un peu difficile. Ce léger laxisme peut aussi être lié à la culpabilité parentale, très fréquente chez les Mamans de prématurés, qui, inconsciemment, s’en veulent de n’avoir pas « su » porter leur bébé jusqu’au terme.
En résumé, même si l’enfant prématuré ne conserve pas de séquelles, l’histoire de sa naissance peut marquer pendant longtemps encore la vie de sa famille. Et si la vraie question était : Parents de prématurés un jour, parents de prématurés toujours ?!
Sources :
Le grand livre du bébé prématuré (Editions de l’Hôpital Sainte-Justine), Sylvie Louis
Le début de la vie d’un grand prématuré expliqué à ses parents (érès éditions), Christian Dageville
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