Mercredi chez Grand-Mère
Selon la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse, 85% des femmes et 65% des hommes gardent leurs petits-enfants occasionnellement, à la sortie de l’école, le mercredi, ou pendant les vacances…
Ce mode de garde présente des avantages pour tous les membres de la famille. Dans une étude d’Audrey Daniel sur « Les modes d’accueil des enfants de moins de 6 ans », les parents avancent plusieurs raisons pour privilégier les grands-parents : la proximité géographique, la confiance et la relation affective rassurante.
Quand on habite à côté, c’est plus simple, c’est vrai… Mais si les Français confient leurs petits à leurs parents, c’est aussi parce qu’ils leur font confiance ! Confier ce bébé à qui l'on tient tant, ça peut faire peur. Le confier à notre Maman qui nous a élevé, moins…
Et pour un petit, cette « ressemblance-différence » des grands-parents est aussi très rassurante. Mamie ce n’est pas Maman, mais ce n’est pas une étrangère. Cette relation si particulière permet aux enfants, en particulier les plus jeunes, de s’ouvrir au monde tout en se sentant en sécurité.
Ces moments de garde sont aussi très bénéfiques pour les plus grands : ils apprécieront ce contact avec des adultes bienveillants, disponibles et souvent très patients. Schématiquement, on pourrait dire que les parents ancrent l’enfant dans la réalité et ses contraintes, tandis que les grands-parents ouvrent l’enfant à l’imaginaire.
Avec Papi et Mamie, c’est aussi l’occasion de faire des choses qu’on ne fait pas forcément avec les parents (ni même à la crèche ou avec l'assitante maternelle) : cela va des jeux de société à la visite du musée, en passant par le cinéma, les courses au marché, la cabane dans les arbres, ou les crêpes. Toutes ces activités qui, sans forcément être extraordinaires, rendent les vacances ou les mercredis inoubliables.
Les grands-parents aussi y trouvent leur compte : garder leurs petits-enfants est l’occasion de donner et de recevoir de l’affection. Une occasion mais pas la seule, comme le souligne la présidente de l’EGPE, Ecole des Grands-Parents Européens : « dans notre monde, un « bon » grand-parent, c’est un grand-parent qui n’attend pas tout des liens affectifs avec ses petits-enfants ».
Les grands-parents ont évolué, il faut en tenir compte lorsqu’on veut leur confier nos enfants. Aujourd’hui, on devient en moyenne grand-parent entre 48 et 52 ans. Beaucoup de grands-parents sont donc encore en activité, alors n’abusons pas de leur temps disponible… Et le temps passé avec leurs petits-enfants n’en sera que plus précieux !
A noter, pour que les longs séjours se passent au mieux, on prendra soin de confier aux grands-parents le carnet de santé de l’enfant, ainsi qu’une autorisation d’intervention médicale au cas où… sans oublier le précieux doudou ! Et si on veut éviter les crises de larmes de son petit dernier, on s’abstiendra de téléphoner pilepoil au moment du coucher ou de la sieste, alors que le bisou de Papa-Maman lui manque tant !
Grands-parents d’ailleurs… et d’ici
Porte-parole des « nouveaux grands-parents », l’EGPE observe également le rôle des plus de 55 ans au-delà de nos frontières. Selon leurs études, on peut parler en Grèce ou en Espagne de modèle « familiarisé » : « Pour s’occuper de leurs petits-enfants mais aussi de leurs propres parents, les habitations sont rapprochées et les grands-parents sont un des éléments essentiels du fonctionnement de la famille ».
Aux Etats-Unis ou en Angleterre, l’enfant n’est pas pris en charge par l’Etat jusqu’à l’âge de 5 ans. Si les familles aisées peuvent avoir recours à une « Nanny », c’est l’entraide familiale qui prime dans les familles populaires.
De même, en Chine, les grands-parents assurent la plupart du temps la garde de leurs petits-enfants. Ainsi le veut la tradition des « 3 générations sous le même toit ». En contrepartie, les seniors seront pris en charge lorsqu’ils vieilliront. Parfois même, les parents chinois délèguent totalement l’éducation de leurs enfants aux grands-parents : c’est le cas des populations rurales parties tenter leur chance en ville ou à l’étranger.
A priori, cette pratique peut sembler d’un autre temps pour nous Français… du temps où les nourrices, domestiques ou ouvrières du XIXe siècle se voyaient obligées de confier leurs enfants à leurs propres parents pour pouvoir aller travailler ailleurs.
Et puis, on sait qu’en France, aujourd’hui, nous bénéficions des systèmes de garde parmi les plus avancées d’Europe, avec des aides très avantageuses pour les parents.
Et pourtant… quand on demande aux parents français quel est le principal mode de garde de leur enfant (moins de 6 ans), la réponse est : les grands-parents pour 10,5% d’entre eux ! Soit la troisième position derrière la mère au foyer (46,9%) et l’assistance maternelle agréée (20,7%).
Quelles sont les raisons de ce choix du mode de garde grand-parental ? En pratique, les parents n’ont pas toujours le choix, justement, à cause du manque de places en crèches dans les grandes villes et du manque de structures tout court en campagne. Françoise Bloch avance aussi l’hypothèse d’une « dette » inconsciente de la jeune maman envers sa mère. Comme si la femme d’aujourd’hui disait « Oui Maman, je travaille alors que tu étais une mère au foyer, mais je te confie mon enfant pour t’exprimer ma reconnaissance ». Libre à chacun de valider ou non cette hypothèse…
Enfin, les esprits chagrins préciseront aussi que le mode de garde grand-parental présente un atout de taille face aux autres : un coût défiant toute concurrence, puisqu’il est gratuit !
Ma Mamie-Nounou
Certes, on ne paye pas les grands-parents comme on paierait une nounou pour garder nos enfants. Néanmoins, il ne faut pas occulter la question financière pour que les choses se passent au mieux : penser à fournir la nourriture et les couches, ou au moins un dédommagement. On peut aussi, par exemple, proposer à Mamie de lui rembourser son essence, si elle doit se déplacer pour venir garder bébé.
De même, comme avec une nounou professionnelle, il est important d’aborder dès le départ la question des horaires et des vacances. Nos parents sont en droit de se reposer de temps à autre, et d’avoir des loisirs. Pourquoi ne pas, par exemple, déposer bébé à la halte-garderie une fois par semaine, pendant le cours de chant de Mamie ?
De manière générale, s’entendre sur le « qui-fait quoi et comment » paraît d’autant plus important que l’on est dans un contexte familial. Mieux vaut prévenir que guérir, se mettre d’accord avant et au calme sur les règles de garde, plutôt qu’en se disputant à force de malentendus.
L’une des difficultés à contourner sera la question de l’éducation : alors que les grands-parents des vacances n’ont pas de rôle éducatif à jouer, les grands-parents du quotidien devront faire preuve de plus de rigueur avec leurs petits-enfants : respecter le rythme du sommeil, l’équilibre alimentaire, ne pas céder aux caprices…
Ne pas s’alarmer enfin, côté parents, si l’enfant semble « préférer » ses grands-parents. Comme avec une assistante maternelle, cet attachement pour la personne qui s’occupe de lui au quotidien est légitime. Mais au final, votre petit sait distinguer l’amour pour sa Maman de l’amour pour sa Nounou, même si celle-ci est aussi sa Mamie…
Sources :
Le dico des nouveaux grands-parents (Fleurus), Dominique Alice-Rouyer – Charlotte Grossetête
Etre grands-parents aujourd’hui (Publication des Allocations Familiales), Sandrine Vincent
La garde des enfants une histoire de femmes. Entre don, équité et rémunération (L’Harmattan) Françoise Bloch, Monique Buisson
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